Meissen


Albrecht Dürer


Famille Pommery

Auger


 Adoration des Bergers


Chinoiserie


La Cavalcade


"Rang Sacré"


Armoire de Lübeck

   

   

Une chinoiserie 

 

 

   

                  

Le musée Le Vergeur s’enorgueillit de posséder un meuble d’une rare qualité :

un secrétaire à pente d’époque Louis XV estampillé Pierre Migeon.

Ce meuble, légué par Hugues Krafft en 1935 à la Société des Amis du Vieux Reims, se trouve dans la chambre Napoléon III située au second étage du musée.

Grâce à la générosité d’un groupe américain "The American Friends of French Art", ce meuble a été restauré en 1998 et a retrouvé tout son lustre d'antan.

 

 

 

 


Il s'agit d'un secrétaire en pente à caisson d'entrejambe et pieds galbés de style Louis XV. Ce type de meuble est également appelé bureau à dos d'âne et offrait un usage polyvalent : écritoire, rangements et également dissimulation de documents ou d'objets précieux grâce à des tiroirs actionnés par des mécanismes sophistiqués et discrets. La structure du meuble est en poirier noirci. L'ensemble des façades, pente et caissons, ainsi que les panneaux latéraux sont décorés de motifs laqués polychromes décrivant des scènes orientales.

 

 

Des motifs orientaux

 

 

La décoration générale du meuble repose sur une composition de scénettes mêlant personnages chinois et paysages riches en représentations de rochers et végétaux.

 

 

 

 

L'abattant (la pente) est décoré de trois scènes encadrées et individualisées par une guirlande florale.

La scène centrale montre deux cavaliers, suivis d'un porte-étendard à pied, habillés à la mode chinoise. La scène de gauche décrit deux Chinois portant une charge suspendue à une perche posée sur leur épaule. La scène de droite présente deux personnages : l'un assis et le second debout (cf. détail ci-dessous).
 

 

Les panneaux latéraux exposent également une grande richesse décorative. Ci-contre, le panneau latéral droit décrivant un cavalier isolé au milieu d'un paysage où le décor végétal tient une large place.

 

 

 

Les Migeon : une dynastie d'ébénistes parisiens du XVIIIème siècle 

 

 

D'origine luthérienne, les Migeon sont une célèbre famille d'artisans ébénistes de père en fils installés à Paris, ayant atelier rue de Charenton.

Le plus brillant est sans aucun doute Pierre II, fils de Pierre Migeon et de Judith Mesureur, qui fut formé dans l'atelier paternel. Fort d'une grande notoriété et de plus bénéficiant de la protection de la marquise de Pompadour, il fit prospérer son atelier parisien en s'attirant de nombreuses commandes du Garde-Meuble de la Couronne, mais ausi du Parlement, de la haute noblesse et du monde de la finance.

Outre ses qualités d'ébéniste, il sut atteindre une véritable envergure de chef d'entreprise et joua un rôle économique de premier plan au faubourg Saint-Antoine puisque son atelier compta jusqu'à quatre-vingts menuisiers et ébénistes, chiffre important, puisque la Jurande des menuisiers et ébénistes déclarait un effectif de neuf cents membres vers 1716.

Les travaux de recherche de Sophie Mouquin permettent de mieux cerner la dynastie des Migeon tant au XVIIème qu'au XVIIIème siècle. Elle propose une continuité dynastique plus étoffée que l'ancienne communément admise avant 2001 : la numération de François de Salverte qui prévalait jusqu'alors adoptait, en effet, une numérotation de I à III. En y ajoutant les Migeon du XVIIème siècle, Sophie Mouquin propose désormais une numérotation de I à V : Pierre I Migeon (connu de 1637 à 1646). Pierre II Migeon (avant 1637 - vers 1677). Pierre III Migeon, au lieu de Pierre I (vers 1665 - vers 1717). Pierre IV Migeon, au lieu de Pierre II (1696-1758). Pierre V Migeon, au lieu de Pierre III (1733-1775).
 

Pierre IV Migeon, 1696-1758, au cœur d'une dynastie d'ébénistes parisiens, Sophie Mouquin, Paris, Éditions de l'Amateur , 2001 (Sophie Mouquin, historienne de l'art, directrice des Etudes de l'Ecole du Louvre depuis 2011).

 

 

 L'estampille de Pierre Migeon

 

    

         

 

Les deux estampilles Migeon connues ne diffèrent que par la taille plus ou moins grasse des lettres. Toutes deux ont en commun le N inversé. L'estampillage "Migeon" concerne essentiellement les meubles produits par Pierre II Migeon 1696-1758 (Pierre IV dans la numérotation de Sophie Mouquin). En effet, le dernier Pierre Migeon (1733-1775) s'est davantage tourné vers le négoce que vers la réalisation personnelle.

    

        

 

 

C'est vers 1730 que se répand l'impression de l'estampille pour distinguer les réalisations des Maîtres Menuisiers et Ebénistes. En 1743 sont établis les statuts de la Jurande des Menuisiers et Ebénistes (corporation sous l'Ancien Régime avec personnalité juridique et soumise à des règles strictes et composée de membres égaux liés par un serment). Les statuts de la Jurande sont enregistrés au Parlement en 1751. L'estampille des meubles produits par les membres de la Jurande est rendue obligatoire dès 1743.

La Jurande comprend un principal et six jurés qui, quatre fois par an, inspectaient  tous les ateliers et appliquaient le poinçon de la Jurande sur les ouvrages correspondant aux critères qu'ils avaient définis. Ils percevaient une taxe de 10 sols et confisquaient la marchandise défectueuse.

 

          

Poinçon de la Jurande appliquée après l'estampille de l'ébéniste.

 

Un meuble estampillé sans la marque de la Jurande n'en est pas moins authentique, il a simplement échappé à la perception de la taxe ou est antérieur au principe de cette taxe, ou encore, postérieur à la suppression de la Jurande  en 1789/1790.

 

 

 

 

Jean-Marie Varnier
Administrateur S.A.V.R. - musée Le Vergeur.

 

 

 

 

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